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jeudi 10 juillet 2014

GAINSBOURG La chanson est un art mineur - 1986

photo de Serge Gainsbourg, 1986, Paris, France, par Tony Frank ©
26 décembre 1986, Bernard PIVOT présente un album consacré à GAINSBOURG. Assis au piano, Serge GAINSBOURG répond aux questions de PIVOT sur sa première passion : la peinture. Vive altercation entre GAINSBOURG et Guy BEART à propos de la musique. GAINSBOURG considère en effet que "c'est un art mineur". Désaccord total de Guy BEART sur ce point. GAINSBOURG l'insulte en le traitant de "connard".
Le survivant humilié: Guy Béart. L'oeil humide, il a son air très ordinaire de marsupial en peluche, vieille peluche. Il regarde avec nous l'image d'archives et commente, et dénonce, et se venge du chanteur mort. Ce jour-là, peut-être éméché, peut-être pas, Gainsbourg martèle au postillon, sur l'enclume du clavier, son art poétique: «Du champ', du brut', du vamp', du put'"», et explique: «Ce sont les mots qui véhiculent l'idée et non pas l'idée qui véhicule les mots!» 

Du silence gêné qui suit surgit la petite voix de Guy Béart, chantre hors champ de la qualité France: «Verlaine a déjà dit: de la musique avant toute chose"» Gainsbourg, sans même tourner la tête: «Qu'est-ce qu'il a dit, le blaireau?» L'honnête Béart, effaré, tangue en direct sous l'insulte: «Le blaireau, il était à la table" là, l'autre" le père Gainsbourg!» Il perd pied devant cette violence qui le désactive, fait de lui une pile morte. «Je sens qu'il y a un petit contentieux entre vous!» s'amuse Pivot, satisfait du spectacle. «Mais non! souffle Gainsbourg. Absolument pas! Je le connais pas"» 

 Béart, aujourd'hui, sur M6, le contredit pathétiquement: «Comme s'il me connaissait pas! Alors qu'on s'est vus très souvent! J'ai les photos" à nos débuts" et en tournée"» 

Faut-il que cette histoire l'ait blessé pour qu'il éprouve le besoin de rétablir ainsi sa vérité! Treize ans plus tôt, Gainsbourg poursuit d'une voix hargneuse et saccadée: «Un art majeur demande une initiation. La chanson est un art mineur!» 
Béart: «La chanson n'est pas un art mineur!» 

Gainsbourg: «Qu'est-ce qu'il a, le connard!?» 

Béart, d'une voix aiguë: «C'est Béart qui te parle!» 

Gainsbourg, méprisant-las: «Mais oui, j'ai bien compris"» 


A M6, le survivant dit maintenant: «Ce qu'il y avait de blessant dans blaireau, connard, c'était la façon de dire. Une méchanceté se dégageait, presque généralisée. Je sais pas s'il aimait quelqu'un dans cette émission. Il n'a parlé à personne.» Odieux, cassant, Gainsbourg n'a joué nul autre jeu que le sien: ne renvoyant aucun ascenseur, ne retournant que des coups. Béart, mielleux, conclut: «J'ai regretté d'être venu; mais finalement, c'est bien ainsi, c'est un document sur ce qu'était la parodie à l'époque et la façon d'être de certains"» Ainsi croit-il faire d'une pierre trois coups: flattant la télé qui a signé un «document», affichant une grandeur d'âme et une béartitude finale, que sa prestation a démenties, et réglant son compte à l'auteur de cet encombrant souvenir sur la chaîne-à-jeunes. Mais la vie, comme la télé, est injuste: l'affreux Gainsbourg demeure ce mort que chacun écoute, et le gentil Béart, ce vivant que tout le monde oublie.
LANÇON Philippe
http://www.liberation.fr/medias/1999/04/08/apres-coup-beart-se-venge_270673

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