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mardi 12 mars 2013

LA MORT DE CLAUDE FRANCOIS : le-major-Bernard-Jacquinot raconte


Le 11 mars 1978, de garde à la caserne Grenelle, l’alerte retentit : « Personne électrocutée au 46 boulevard Exelmans. » le-major-Bernard-Jacquinot raconte cette journée.

Le jour-là, il est 14 h 30 quand nous recevons une urgence. Dix minutes plus tard, nous sommes sur les lieux. Comme le veut la procédure, je prends l’escalier de service pour ne pas risquer de rester coincé dans l’ascenseur. En arrivant à l’appartement du neuvième étage, je coupe le compteur qui n’a pas disjoncté et me précipite sur la victime, allongée par terre entre la salle de bains et le lit, nue, les cheveux mouillés. C’est un homme, il a une trace de brûlure à l’index et au majeur. Sur le sol, une applique, arrachée de sa fixation. Il a voulu la redresser alors qu’il avait encore les pieds dans sa baignoire, pas complètement vidée. Il a fait masse et l’ampérage a traversé son corps tout entier.

Je commence par prendre son pouls sur la carotide : aucun battement de cœur. Avec une lampe, j’éclaire ses pupilles. Elles restent fixes, dilatées, signe d’arrêt cardiaque. Pendant qu’un autre pompier assemble le matériel de respiration artificielle, je bascule la tête de la victime en arrière pour dégager ses voies respiratoires et je commence un massage cardiaque entrecoupé d’un bouche-à-bouche. Au bout de quelques minutes, je réussis à obtenir un pouls mal frappé. L’homme parvient à émettre un profond râle suivi d’une respiration. Je dis : « C’est bon les gars, on l’a ! » L’un d’eux m’annonce alors qu’il s’agit de Claude François. Jusque-là, je ne le savais pas, car son nom ne figurait pas sur notre fiche de départ. Tout à ma tâche, je ne l’avais pas reconnu.

Il était pourtant l’idole de ma femme, Martine, et, quatre ans plus tôt, j’avais eu maille à partir avec son staff. Jeune sapeur, j’assurais la surveillance d’un concert qu’il donnait au Parc des expositions de la porte de Versailles. Lors d’une ronde, je m’étais approché de sa magnifique Ford Continental. Alors que je me penchais pour voir l’intérieur, ses gardes du corps m’avaient expulsé manu militari car Claude François sortait de scène et s’apprêtait à monter dedans. Je lui avais lancé comme un défi : « Un jour, on se retrouvera. » Nous venions effectivement de nous retrouver…

Un de mes hommes lui installe un masque à oxygène mais, à ce moment-là, j’aperçois du sang couler le long de ses lèvres : œdème pulmonaire. Le pire qui pouvait arriver. Quelques instants plus tard, le Dr Noël lui placera des électrodes sur la poitrine et lui injectera de l’adrénaline, mais rien n’y fera. Il ne parviendra pas à le ranimer. Franchement, j’y avais cru. J’étais persuadé que j’allais le sauver. Avec les défibrillateurs modernes, il serait toujours vivant. A l’époque, on ramenait à la vie 1 personne sur 10 en arrêt cardiaque ; aujourd’hui, c’est 6 sur 10.

Quand on a compris qu’on ne pouvait plus rien faire, on l’a allongé sur le lit, recouvert d’un drap. C’est le Dr Noël qui lui a fermé les yeux. Il était tellement choqué qu’il m’a demandé d’annoncer moi-même la mort de Claude François à sa fiancée et à son attachée de presse qui attendaient de l’autre côté de la porte, dans le salon. C’est la seule et unique fois de ma vie que je l’ai fait – c’est toujours le médecin qui s’en charge. Kathalyn s’est alors retournée pour s’asseoir mais comme la fenêtre était ouverte, j’ai cru qu’elle voulait se jeter dans le vide : en essayant de la ceinturer, j’ai pris l’accoudoir dans l’œil. J’ai vu mille étoiles et, le lendemain, j’avais un coquart.
Quand nous sommes redescendus, la radio avait déjà annoncé la nouvelle et les fans commençaient à s’agglutiner au pied de l’immeuble. Nous avons mis de longues minutes avant de nous extirper du boulevard Exelmans. Nous, pompiers, nous avons l’habitude de masquer nos émotions mais, à l’intérieur de notre véhicule, nous avions tous les larmes aux yeux

http://www.parismatch.com/People-Match/Musique/Actu/Claude-Francois-s-est-electrocute-.-Par-le-major-Bernard-Jacquinot-382510/

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